GOLIVE
Retour au blog

Prestataire informatique : l'intercontrat coûte 6,8 milliards par an, et c'est vous qui payez

Le TJM d'un prestataire informatique ne paie pas qu'un dev : il finance un banc de consultants inoccupés. Décryptage de facture, ligne par ligne.

6,8 milliards d'euros d'intercontrat par an chez les ESN, refacturés dans votre TJM. Comment lire la facture d'un prestataire informatique avant de signer.

Vous comparez trois devis de prestataire informatique et vous choisissez le TJM le plus bas. C'est exactement le raisonnement qui vous coûte le plus cher. Le prix affiché ne paie pas qu'un dev : il finance une structure entière, dont une ligne que personne ne détaille sur un devis. En 2026, le secteur ESN français brûle 6,8 milliards d'euros par an en intercontrat, ces consultants salariés, payés, mais non facturés. Cette perte, aucune ESN ne l'absorbe. Elle est refacturée, et l'acheteur final, c'est vous.

  • 💸 6,8 milliards par an : l'intercontrat des ESN françaises, refacturé sans ligne dédiée dans votre TJM.
  • 📊 580 € le TJM médian : +24 % depuis 2020, sans que le dev gagne 24 % de plus.
  • ⚠️ Turnover à 18 % : le dev validé en entretien n'est pas toujours celui qui livrera.
  • 🎯 Quatre questions : à poser avant de signer, pour savoir à qui vous financez le banc.

Je dirige une société de développement depuis dix ans, je vois passer ces devis toutes les semaines. Le réflexe du dirigeant pressé est toujours le même : aligner les TJM dans un tableur et prendre la colonne la moins chère. Le problème, c'est que la colonne ne dit pas ce qu'elle finance. Décryptons la facture.

Ce que vous achetez vraiment à 580 euros par jour

Le TJM médian d'un consultant IT en France atteint 580 euros par jour en 2026, en hausse de 24 % depuis 2020. Ce chiffre vient de l'étude Cobalt « État du recrutement ESN France 2026 », qui a interrogé 420 dirigeants d'ESN entre septembre 2025 et février 2026, puis croisé douze mois de données opérationnelles anonymisées avec les statistiques ACOSS, DARES, INSEE et Syntec Numérique. C'est la source que je cite tout au long de cet article, parce qu'un chiffre sans méthodo ne vaut rien.

Pourquoi le TJM n'est pas le salaire du dev ?

Sur 580 euros facturés, le dev n'en voit qu'une fraction. Il y a d'abord son salaire chargé, cotisations comprises. Ensuite la marge de l'ESN, qui paie les commerciaux, les locaux et le recrutement. Et il reste une part que personne n'inscrit noir sur blanc : le financement des consultants qui, à cet instant précis, ne sont sur aucune mission.

Cette dernière part n'a pas de ligne dédiée sur votre devis. Elle est diluée dans la marge. Vous la payez quand même.

Le TJM le plus bas n'est pas le plus transparent, c'est souvent le plus opaque.

Un devis serré ne veut pas dire une ESN vertueuse. Il veut dire que la part invisible est mieux camouflée. J'ai décrit ailleurs comment se construit le vrai prix d'un logiciel sur mesure, poste par poste : le raisonnement est le même ici, sauf que le poste dont on parle n'apparaît jamais en clair.

L'intercontrat, la ligne que personne ne vous détaille

Cette part invisible porte un nom dans le jargon des ESN : l'intercontrat. C'est la période où un consultant est salarié, payé, mais entre deux missions, donc non facturé à un client. Le banc, comme on dit en interne.

L'étude Cobalt chiffre le taux d'intercontrat moyen à 11,4 % en 2026, soit 3,2 points de plus qu'en 2020. Sur cent consultants, onze sont au banc à un instant donné. La durée moyenne d'un intercontrat atteint 41 jours. Et un consultant inoccupé coûte 5 480 euros par mois à son ESN.

Comment onze consultants sur cent finissent dans votre facture ?

Faites le calcul à l'échelle du secteur. La France compte 48 118 ESN actives et 612 000 consultants cumulés, un volume en hausse de 48 % depuis 2020, cohérent avec les données sectorielles suivies par l'INSEE. Multipliez le banc par son coût mensuel sur une année, et l'addition atteint 6,8 milliards d'euros. Cet argent ne s'évapore pas. Il rentre dans le calcul du TJM, réparti sur les consultants effectivement facturés. Autrement dit, ceux qui travaillent paient pour ceux qui attendent, et vous financez les deux.

Ligne (étude Cobalt 2026) Chiffre Ce que ça pèse sur votre facture
Taux d'intercontrat moyen 11,4 % refacturé dans chaque TJM
Durée moyenne d'un intercontrat 41 jours banc payé, non produit
Coût mensuel d'un consultant au banc 5 480 € absorbé par la marge
Turnover annuel médian 18 % re-onboarding à votre charge
Time-to-fill d'un placement 45 jours délai avant démarrage
TJM médian consultant IT 580 € +24 % vs 2020

SOURCE : Étude Cobalt « État du recrutement ESN France 2026 » · MAJ 02/2026

En quoi l'intercontrat est structurel, pas une mauvaise passe ?

On pourrait croire à un accident de conjoncture qui se résorbera. Ce serait se tromper. 73 % des ESN emploient moins de dix salariés. À cette taille, une société n'a pas le volume pour lisser les creux : quand une mission s'arrête, le consultant reste sur la paie sans relais immédiat. Le time-to-fill médian pour le replacer est de 45 jours, avec un écart énorme selon les structures (18 jours pour les plus rapides, 81 jours pour les plus lentes).

Le marché a refroidi, ce qui aggrave le phénomène. Les offres d'emploi de devs publiées sur Indeed France ont chuté de plus de 80 % entre janvier 2023 et juillet 2025. Moins de missions entrantes, c'est mécaniquement plus de banc à financer. Le taux d'occupation médian tombe à 88,6 %, et 32 % des ESN le voient encore baisser. Le banc n'est pas un raté ponctuel, c'est une charge fixe du modèle. J'ai détaillé les coûts réels de ce fonctionnement dans mon retour sur la SSII offshore, et le constat est le même : la structure se paie, qu'elle produise ou non.

Le turnover à 18 %, ou le dev validé qui ne livrera pas

Même en acceptant de financer le banc, vous héritez d'un second coût que le TJM ne montre nulle part : l'instabilité des équipes. Le premier problème vidait votre budget, celui-ci vide votre projet de sa mémoire.

Le turnover annuel médian dans les ESN est de 18 %, et il grimpe à 23,4 % pour les structures de 15 à 50 consultants. Le dev que vous avez validé en entretien a donc une chance réelle de ne plus être là dans neuf mois. Le commercial vous vend un CV vedette, l'équipe qui livre n'est pas toujours celle qu'on vous a présentée.

Que coûte un dev qui part au bout de neuf mois ?

Le remplacement n'est jamais gratuit pour vous. Il faut re-onboarder quelqu'un, lui transmettre le contexte métier, refaire les mêmes explications sur votre domaine, votre code, vos contraintes réglementaires. Cobalt estime le coût moyen d'un placement à 7 850 euros pour l'ESN. Votre coût à vous, invisible celui-là, c'est la perte de contexte et les semaines de remontée en compétence pendant lesquelles le projet ralentit.

Un projet ne se livre pas avec des CV, il se livre avec de la mémoire.

Un dev qui connaît votre produit depuis un an vaut deux devs qui débarquent. C'est précisément ce que le TJM ne capture pas : deux prestataires au même prix journalier peuvent livrer des résultats opposés selon la stabilité de l'équipe. Je le constate à chaque reprise de projet mal ficelé. Avant de signer, je recommande de relire les signaux d'alerte d'une SSII à éviter : le turnover caché en fait partie.

Les quatre questions à poser avant de signer

Puisque le devis ne détaille rien de tout cela, c'est à vous de le faire parler. Quatre questions suffisent à distinguer un prestataire informatique qui assume son résultat d'un simple loueur de CV.

Quelles questions posent les acheteurs qui ne se font pas avoir ?

D'abord, le taux d'occupation réel des équipes. Le médian sectoriel est de 88,6 %, et un tiers des ESN le voient baisser. Un prestataire qui refuse de vous le communiquer vous cache son banc, et donc votre part de la facture.

Ensuite, l'ancienneté moyenne de l'équipe qu'on vous propose vraiment. Pas les profils vedettes du dossier commercial, l'équipe qui codera. Avec un turnover à 18 %, une équipe jeune sur le papier signifie souvent une équipe qui tourne, et un contexte métier qui repart de zéro tous les trimestres.

Troisième question, ce qui se passe contractuellement si le dev part. Qui paie le re-onboarding ? Qui garantit la continuité du livrable ? Si la réponse est floue, le risque bascule sur vous. Cette question sépare la régie subie du forfait tenu, un arbitrage que je décortique dans mon comparatif agence ou SSII.

Enfin, qui porte la responsabilité technique du résultat. Un fournisseur de régie vous loue des heures et vous rend la copie du dev. Un partenaire s'engage sur un livrable qui marche. Ce n'est ni le même contrat, ni le même prix, ni le même sommeil la nuit avant une mise en production. Sur la façon dont l'IA change la productivité réelle d'une équipe technique, le blog AI First couvre les cas d'usage concrets côté PME.

« Arrêtez de comparer des TJM. Demandez à qui vous financez le banc : c'est la seule question qui sépare un partenaire d'un loueur de CV. »

Vincent Roye, Juillet 2026

Il existe un modèle sans banc à refacturer : l'équipe dédiée, senior, avec un TJM connu d'avance et des devs qui restent sur votre projet. Pas de consultant à replacer entre deux missions, pas de marge gonflée pour amortir les creux d'un vivier de 612 000 profils. J'ai détaillé les avantages et coûts d'une ESN offshore construite sur ce principe.

Mon verdict : ne comparez plus des TJM

Je dirige GoLive Software depuis le Vietnam. Je facture des profils seniors à 180 euros par jour, en équipe dédiée, avec un TJM connu à l'avance et sans intercontrat à financer. Transparence : j'ai donc un biais commercial assumé. C'est aussi pour ça que je connais le coût réel d'un banc, pas seulement l'argumentaire.

Faut-il pour autant fuir tout gros prestataire ?

Non, et ce n'est pas mon propos. Certaines ESN gèrent leur banc avec rigueur et le portent sans le refacturer à outrance. Le problème n'est pas la taille, c'est l'opacité. Mon point de vue est simple. Le vrai sujet n'est pas la géographie, ni même le prix journalier. C'est la structure de coût derrière le prix. Un acheteur averti ne compare plus des TJM alignés dans un tableur, il demande ce que chaque euro finance, et il choisit le modèle où la réponse est claire.

Avant de signer votre prochain contrat, posez les quatre questions. Si votre prestataire actuel bafouille sur son taux d'occupation, vous savez déjà à quoi sert la différence de prix.

Foire aux questions

Qu'est-ce que l'intercontrat dans une ESN ?

L'intercontrat désigne la période où un consultant est salarié et payé par son ESN, mais n'est affecté à aucune mission client, donc non facturé. En 2026, le taux moyen atteint 11,4 % selon l'étude Cobalt, pour une durée moyenne de 41 jours. Ce coût, environ 5 480 euros par mois et par consultant, est refacturé aux clients via le TJM.

Pourquoi le TJM d'un prestataire informatique augmente-t-il alors que le marché ralentit ?

Parce que le TJM ne suit pas la demande, il suit les charges de l'ESN. Le TJM médian a pris 24 % depuis 2020 pour atteindre 580 euros par jour, pendant que les offres de devs sur Indeed France chutaient de plus de 80 % entre 2023 et 2025. Moins de missions signifie plus de banc à financer, et ce banc est répercuté sur les consultants effectivement facturés.

Comment vérifier le taux d'occupation réel d'un prestataire ?

Demandez-le directement, chiffré, et comparez-le au médian sectoriel de 88,6 %. Un prestataire solide accepte de le partager, car il n'a rien à cacher. Un refus ou une réponse vague est en soi une réponse : le banc est important, et vous le financez sans le savoir.

Le turnover des ESN est-il vraiment un problème pour mon projet ?

Oui, car il attaque la continuité. Avec un turnover médian de 18 %, et jusqu'à 23,4 % dans les structures moyennes, le dev validé en entretien peut disparaître avant la livraison. Chaque départ impose un re-onboarding, une perte de contexte métier et des semaines de ralentissement que le TJM ne compense pas.

Un TJM plus bas est-il toujours une bonne affaire ?

Non, car deux TJM identiques peuvent recouvrir des réalités opposées. Un prix serré cache souvent une part de banc mieux dissimulée dans la marge, ou une équipe instable. Le bon critère n'est pas le prix journalier isolé, mais la responsabilité technique et la stabilité de l'équipe derrière ce prix.

Vincent Roye
Vincent Roye
CEO & Fondateur, GoLive Software

Ingénieur français basé au Vietnam depuis 2014. Il supervise une équipe de développeurs seniors full-stack et accompagne des startups et PME dans la structuration de leur équipe tech depuis plus de 11 ans.